La bonne question. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais pourquoi certaines saveurs nous séduisent-elles alors que d'autres nous repoussent ? Deux experts du goût nous éclairent.
Vous êtes nombreux à ne pas comprendre pourquoi, alors que l'avocat fait l'unanimité, vous en refusez toute approche. Si certains en raffolent, pour vous, ce fruit reste un mystère amer. Quelles en sont les raisons ?
Votre aversion pour certains aliments peut remonter à l'enfance, voire même à la vie fœtale. En effet, les arômes que la mère consomme pendant la grossesse se retrouvent dans le liquide amniotique, familiarisant ainsi le bébé avec ces saveurs. D'après Nathalie Politzer, ingénieure agronome et directrice de l'Institut du goût, ces préférences se forment dès la vie intra-utérine : "Les goûts perçus in utero influencent les préférences de l'enfant pendant plusieurs mois, voire années après sa naissance". Ainsi, une alimentation variée durant la grossesse élargit les horizons gustatifs de l'enfant.
L'influence maternelle
Une alimentation diversifiée à 3 ans garantit une palette élargie à 20 ans.
Après la naissance, le rôle de la mère se prolonge, notamment si le bébé est allaité. Les goûts de la mère se retrouvent alors dans le lait maternel, qui varie selon son alimentation. Roland Salesse, chercheur à l'Inra, souligne l'importance de cette diversité : "Si l'alimentation est variée, l'enfant aura l'occasion de découvrir une multitude de saveurs". Les premières années de vie sont cruciales ; à cet âge, les enfants sont plus enclins à essayer de nouveaux aliments. Selon Roland Salesse, "jusqu'à 3 ans, les enfants sont ouverts à presque tout, une période clé pour élargir leur palette gustative".
Le poids des souvenirs
En grandissant, des expériences marquantes peuvent influer sur les préférences alimentaires. Un souvenir désagréable associé à un plat peut générer une aversion. Ce phénomène est lié à des zones spécifiques du cerveau, comme l'amygdale et l'hippocampe, qui enregistrent les émotions. Ainsi, un plat peut susciter un rejet sans que nous en soyons conscients. "Notre mémoire enregistre chaque aliment que nous consommons et les informations sensorielles qui y sont associées", explique Nathalie Politzer. Pour éviter des comportements alimentaires perturbés, il est recommandé de ne pas forcer les enfants à manger ce qu'ils n'aiment pas. Dialoguer et montrer l'exemple en partageant des repas ensemble est primordial.
(1) Faut-il sentir bon pour séduire ?, Roland Salesse, Éditions Quae, 23,50 €.







