Quel lien unit les cheesecakes, burritos, macarons et sushis ? Sous le prisme de nos smartphones, ces plats deviennent des vedettes des réseaux sociaux, incarnant le phénomène du foodporn. Le terme provient de l'idée que ces images culinaires éveillent un désir parfois excessif, voire obsessionnel. Mais qu'en est-il vraiment ?
Les arguments en faveur du foodporn
Ariane Grumbach, diététicienne-nutritionniste, défend l'idée que le foodporn pourrait être mal compris. Pour elle, ce terme évoque l'excès alors qu'il valorise plutôt l'expérience alimentaire. Dans un monde où beaucoup mangent seuls, partager ces plats sur les réseaux encourage une notion de convivialité et de créativité culinaire. En prenant soin de présenter ce que l'on cuisine, on s'éloigne des habitudes banales et fonctionnelles de se nourrir.
Une image gourmande : un vecteur d'inspiration
Les photos de plats appétissants incitent à s'essayer en cuisine. En effet, qui prendrait la peine de publier un plat peu engageant ? Cela met en avant le potentiel d'un plat, tout en cultivant des souvenirs savoureux. Toutefois, elle reconnaît que chez les personnes souffrant de troubles alimentaires, cette mise en scène peut parfois masquer une souffrance. La réalité est que ces cas sont rares et souvent minorés.
Les critiques du foodporn
Pascale Hébel, spécialiste de la consommation et de l'alimentation, se montre sévère envers le foodporn. Selon elle, ce phénomène édulcore l'expérience culinaire en privilégiant l'esthétique au goût. En France, l'art de partager un repas implique la convivialité, la parole et l'échange, des éléments absents d'une simple image. Lorsqu'on poste une photo, l'essence même du plaisir de manger — le goût et la discussion — se perd.
Une normalisation des excès alimentaires
Le foodporn, en mettant en avant des plats souvent riches et gras, banalise une certaine malbouffe. Cette tendance peut représenter une réaction à des courants alimentaires plus sains, mais elle soulève des inquiétudes sur la santé publique. Les images de plats sur les réseaux sociaux peuvent séduire, mais elles ne remplacent pas l'expérience humaine et sensorielle du repas.
Une évolution vers le food art
Initialement, le foodporn était caractérisé par une esthétique outrancière — burgers dégoulinants et desserts opulents. Aujourd'hui, une nouvelle tendance verdit ce phénomène : le food art, mêlant créativité et présentation soignée, vise non seulement à séduire par l'œil mais aussi à maximiser les « likes » sur les réseaux. Cependant, la pratique, vue par certains restaurateurs comme une atteinte à leur droit d'auteur, questionne sur l'impact de l'image dans le cadre d'une culture culinaire en constante évolution.







