Diagnostiquer la maladie coeliaque avec un simple test sanguin sans devoir réintroduire le gluten dans son alimentation : une avancée attendue depuis des années par les patients devient enfin réalité.
Pour ceux qui souffrent de la maladie coeliaque, vivre sans gluten n'est pas une tendance, mais un impératif médical. Jusque-là, prouver l’existence de cette pathologie auto-immune nécessitait souvent une épreuve éprouvante : consommer à nouveau du gluten pendant plusieurs semaines, exposant les patients à des douleurs intestinales, une fatigue extrême et d’éventuelles carences nutritionnelles.
Comprendre la maladie coeliaque et son diagnostic
La maladie coeliaque est une affection auto-immune chronique touchant environ 1 % de la population. Elle se déclenche lorsque le système immunitaire réagit de manière inappropriée au gluten, une protéine présente dans le blé, l’orge et le seigle. Cette réaction engendre des lésions sur la paroi de l’intestin grêle, provoquant des troubles digestifs, une malabsorption des nutriments et divers symptômes tels que diarrhées, anémie, perte de poids et fatigue.
Actuellement, le diagnostic repose sur une série d’analyses sanguines et de biopsies intestinales, à condition que le patient consomme encore du gluten. C’est là que réside le paradoxe : bon nombre de personnes ayant déjà adopté un régime sans gluten, que ce soit par choix ou sur les conseils d’un professionnel de santé, risquent d’obtenir des résultats faussement négatifs. D’où la nécessité, jusqu’à présent, d’effectuer un "gluten challenge", une réintroduction contrôlée du gluten qui s’avère souvent pénible pour les malades.
Un test sanguin fiable et non invasif
Le test développé par l’équipe dirigée par le Dr Jason Tye-Din repose sur l’analyse des cellules T réactives au gluten dans le sang. Ces cellules, caractéristiques de la maladie coeliaque, peuvent persister même après plusieurs années sans gluten.
Pour cette étude, les chercheurs ont examiné des échantillons de 181 volontaires, âgés de 18 à 75 ans, recrutés à l'hôpital Royal Melbourne. Parmi eux se trouvaient 75 personnes suivant un régime sans gluten depuis un an au moins, 13 avec une maladie coeliaque non traitée, 32 présentant une simple sensibilité au gluten, et 61 témoins sans aucune pathologie. Grâce à des techniques de détection avancées, ils ont pu identifier avec une fiabilité de 91 % les individus atteints de la maladie, sans nécessité de réexposition au gluten.
"Nous avons prouvé qu’il est possible d’identifier les patients coeliaques par une simple prise de sang, même s’ils n’ont pas consommé de gluten depuis longtemps," déclare le Pr Tye-Din. Cette innovation a également été saluée par Olivia Moscatelli, co-autrice de l’étude, qui évoque "un test simple, non invasif, et surtout beaucoup plus respectueux de la vie quotidienne des patients".
Les implications pour les personnes atteintes de la maladie
Pour ceux soupçonnés d'être atteints de la maladie coeliaque, ce test représente une avancée significative. Fini le besoin de remettre en question leur régime sans gluten ou de souffrir à nouveau de douleurs pour des raisons diagnostiques. Une simple prise de sang dans un hôpital spécialisé suffira, potentiellement dans deux à trois ans si les essais cliniques sont concluants.
Ce test pourrait également remédier à un problème majeur : les diagnostics erronés. "Beaucoup de personnes adoptent un régime sans gluten sans confirmation médicale. Ce test permettra de clarifier la situation," souligne l’équipe médicale. Actuellement en phase de développement clinique, le test devra encore prouver son efficacité dans des conditions réelles, notamment pour les patients immunodéprimés.
Source : Blood-based T Cell Diagnosis of Celiac Disease, Gastroenterology, juin 2025







